Au plus près

AU PLUS PRÈS

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Concert augmenté
Mise en sons, espace, images animées et lumières d'œuvres de György Kurtág et Jean-Sébastien Bach 
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Projet en cours / Création au Senghor
Automne 2021





Duo Sarrasine : Sara Picavet (piano) & Céline Bodson (violon) 
Isabelle Françaix (vidéo) 
Jean-Jacques Deneumoustier (lumière) 
Thomas Turine (son) 
Céline Rallet (regard) 
 

Céline Bodson et Sara Picavet invitent le public à se glisser dans l’intime du son, à l’affût de leurs gestes les plus infimes. Planches, gradins, murs et voiles, la salle tout entière est une scène d’images ou vibre la nuit. La vidéo d’Isabelle Françaix piste la naissance de l’émotion, à la lisière de l’invisible, dans une étrange forêt sonore. Entre ombre et lumière, les images apparaissent par éclats, au plus près du corps. Les fragments vifs et précis de Kurtág fusent comme les deux musiciennes entre les plages intemporelles de Bach. Leur danse organique nous entraîne dans les marges du monde, là où frémit la sensation d’être pleinement vivant. Aux aguets d’une réalité augmentée.
 







ENTREVOIR LES SONS
 

Hors de la représentation. Il s’agit de voir, grâce à des projections vidéo, ce que l’on ne voit pas d’ordinaire : la naissance du geste musical, la pulpe du doigt contre la touche du piano ou la corde du violon, le reflet dans l’œil de l’instrumentiste, le frémissement de la peau, la colophane qui s’envole de l’archet, l’obscurité d’une ouïe, la lumière sur l’ivoire… Tous ces détails qui passent inaperçus et forment le grain du son seront filmés au plus près du corps de l’instrumentiste et de son instrument.
Peut-on montrer la source du son ou capter son impression sur la rétine ?

Échos organiques. Un phosphène, nous dit l’encyclopédie Universalis « est un phénomène qui se traduit par la sensation de voir une lumière ou par l'apparition de taches dans le champ visuel, y compris les yeux fermés. »
Peut-on dès lors parler d’une impression rétinienne du son ?

L’image, selon moi, n’est pas seulement destinée à la vue mais sollicite d’autres sensations libérées de la représentation (et de la narration) directement liées au système émotionnel et nerveux. Elle possède une autonomie esthétique spécifique ancrée dans la présence du corps, une immédiateté naturelle et élémentaire qui arrive au spectateur à travers la vue, l’ouïe et toutes les modalités sensorielles.

L’intention de la vidéo dans ce projet est de se nicher dans l’intimité du spectateur. L’image n’est pas seulement destinée à la vision mais à la perception sensible du corps. Elle devient un champ des possibles, un espace d’échos organiques. Le vidéaste Bill Viola dit d’ailleurs de la caméra, dans une interview, qu’elle est un « microphone visuel ».
Les phosphènes ne seraient-ils pas les hauteurs et les fréquences de l’image ?
En saisissant une constellation d’instants au cœur des sons, dans ce qui les précède, les suit, les relie, les projections vidéos recréent sur scène, pendant le concert, un espace interne, organique, invisible et qui nous est commun.

Un espace multisensoriel. Je me sens proche de la démarche de Bill Viola qui explore les potentialités expressives de la vidéo pour immerger le spectateur dans une temporalité intime conduisant vers le sublime et le spirituel. Chacune de ses œuvres propose un voyage atemporel vers la connaissance de soi. En travaillant l’image dans des projections monumentales dont l’extrême naturalisme optique sollicite notre mémoire consciente et inconsciente, il crée un effet de présence tel, qu’il ouvre un espace sensoriel au-delà de la représentation.

« Au plus près » développe une approche similaire : projections fragmentées et organiques sur des voiles, sur les murs, le sol, les corps des instrumentistes... Le geste musical, atomisé, se révèle à la source du mouvement et du son ; la vidéo, démultipliée, ici et là, est en interaction permanente avec le jeu des musiciennes, les choix d’amplification sonore et la création lumière.

Il s’agit aussi de retrouver l’œil tel que le concevait André Breton, « à l’état sauvage », vers une vision élémentaire et multisensorielle du spectateur.
 

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