Rite

« C’était la nuit, à un endroit inconnu ; je n’avançais qu’avec peine contre un vent puissant soufflant en tempête. En outre, il régnait un épais brouillard. Je tenais et protégeais de mes deux mains une petite lumière qui menaçait à tout instant de s’éteindre. Or, il fallait à tout prix que je maintienne cette petite flamme : tout en dépendait. Soudain j’eus le sentiment d’être suivi ; je regardai en arrière et perçus une gigantesque forme noire qui avançait derrière moi. Mais, au même moment, j’avais conscience que – malgré ma terreur – sans me soucier de tous les dangers, je devais sauver ma petite flamme à travers nuit et tempête. Quand je me réveillai, je compris immédiatement : c’est le ‘fantôme du Brocken’, mon ombre projetée sur les traînées de brouillard, par la petite lumière que je portais devant moi. Je savais aussi que cette petite flamme, c’était ma conscience : c’était la seule lumière que je possédais. Ma connaissance propre était l’unique et plus grand trésor que je possède. Il était certes infiniment petit et infiniment fragile comparé aux puissances de l’ombre, mais c’était tout de même une lumière, ma seule lumière. »
Carl Gustav Jung – Ma vie – p110
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Merci à Marine Godts et Léo Poirier